Une économie mondiale durable requiert des moyens financiers durables

(Paris, 7 mars 2011) - Tribune de la Ministre de l’Ecologie, du Développement durable, des transports et du logement, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, dans le quotidien "Le Figaro".

Une économie mondiale durable requiert des moyens financiers durables

Le temps de l’invention est passé et celui de la législation vient de s’achever : les 268 « engagements » du Grenelle de l’Environnement sont mis en œuvre cette année.

2011 est l’année de la maturité du Grenelle. Ces engagements vont modifier notre vie quotidienne, notre consommation, notre habitat, nos transports. Nous nous engageons dans une nouvelle voie de développement. C’est une voie qui assume la responsabilité de l’avenir, loin de la fièvre consumériste, loin d’un modèle de développement qui a fait plus de cas de la spéculation que du travail des hommes. La crise y a mis fin et elle contraint désormais l’ensemble des nations à une métamorphose économique et sociale absolument nécessaire. J’ai toujours eu la conviction que nous devions faire de cette contrainte une chance pour l’avenir. Avec la Présidence française du G20, une occasion nous est offerte de forger les outils avec lesquels nous allons entrer dans le monde qui vient.

Une économie mondiale durable requiert des moyens financiers durables. Des moyens stables, loin des promesses de coopération qui ne sont pas toujours honorées, et des moyens justes, prélevés et répartis selon les nouveaux équilibres mondiaux. L’économie a atteint aujourd’hui un degré de mondialisation tel que nous pouvons concevoir des dispositifs à même d’abonder des fonds internationaux et de leur donner une efficacité planétaire, au service du financement des biens publics mondiaux.

Le principe de ces « financements innovants » est simple : une activité qui se déploie mondialement peut être taxée de manière infime et générer, de par l’immensité de l’assiette de prélèvement, des sommes élevées. Des sommes complémentaires de l’aide traditionnelle, dont des programmes de développement internationaux pourront bénéficier, pour lutter contre les pandémies, contre le réchauffement climatique et servir la préservation de l’environnement. Des financements de ce type existent aujourd’hui. Par exemple, onze pays ont mis en place une taxe sur les billets d’avion pour financer une action sanitaire dans les pays pauvres.

Ces initiatives sont remarquables, mais elles ne sont pas encore à l’échelle des besoins. La taxe sur les billets d’avions nous rapporte moins de 200 millions d’euros. Lors des grandes rencontres internationales de Copenhague et de Cancun, sur le seul terrain de l’action pour le climat, nous avons promis aux pays en développement qu’à partir de 2020, nous leur apporterions 100 milliards de dollars par an. Un tel changement d’échelle exige une entente internationale. Des réticences existent, nous devrons les lever. Le rapport qu’avait demandé Ban Ki-moon sur le financement de la lutte contre le changement climatique a été publié en novembre 2010 : il préconise de combiner financements publics et privés, y compris des sources alternatives de financement, pour mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020. En la matière, la taxe sur les transactions financières est une mesure phare. Le nombre des transactions financières est tel que l’on sait aujourd’hui qu’en taxant de 500 000 dollars échangés, nous pourrions en escompter une recette de plus de 30 milliards annuels. Le président de la République a rappelé que la France entend se battre résolument pour que l’on crée une taxe sur les transactions financières. Christine Lagarde mènera ce combat, dont je souhaite qu’il soit un engagement résolu en faveur du développement durable. Une décision durant la présidence française du G20 marquerait une avancée majeure, et cela même si elle n’était pas mise en œuvre universellement.

Et nous devrons engager le débat sur d’autres financements, car il existe bien d’autres possibilités. Notamment des instruments de marché qui visent les transports maritimes et aériens, sous la forme de permis d’émission de gaz à effet de serre. Là encore, il me semble que la Présidence française du G20 peut être l’occasion de faire progresser le débat et l’expérimentation. Nous savons qu’il faut limiter l’élévation de la température moyenne mondiale à 2 °C à la fin du siècle. Pour ce faire, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) recommande de diviser par deux, d’ici à 2050, les émissions de gaz à effet de serre.

Mais qu’observons-nous pourtant ? Que si les tendances restaient inchangées, les émissions de gaz du transport mondial de marchandises pourraient au contraire être multipliées par trois à cette date. Il y a là un effort collectif planétaire : il faudra bien que les acteurs du transport y participent.

Et l’agenda est historique : la Présidence française doit permettre au développement durable de s’emparer des instruments financiers dont il a besoin. Ne laissons pas passer cette occasion./.

Dernière modification : 28/05/2015

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