ROMS : entretien de Pierre Lellouche avec le quotidien "Le Monde"

Q - Les critiques se sont multipliées en Europe contre la politique de la France à l’égard des Roms depuis cet été. Comment réagissez-vous ?

R - Ce qui me frappe, c’est l’énorme bulle d’hypocrisie qui domine cette question, en France et chez nos partenaires. On est en train de faire porter à la France le chapeau d’un problème qui n’a pas été traité depuis dix ans et sur lequel nous avons été les premiers à dire : il faut mobiliser l’Europe.

Tout se passe comme si, après - l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’Union européenne au 1er janvier 2007 -, on avait découvert l’existence de la plus grande minorité d’Europe, onze ou douze millions de personne, dont 9 millions sont citoyens européens. En France, nous n’avons rien dit d’autre que de vouloir appliquer la directive européenne de 2004 - sur la libre circulation -. Aucun gouvernement ne nous a attaqués. Le porte-parole de Viviane Reding - la commissaire européenne chargée de la justice - a dit qu’elle avait certaines inquiétudes. Je pense qu’Eric Besson et moi-même les avons dissipées.

Q - La Commission continue pourtant de poser la question de la conformité des mesures prises avec le droit européen.

R - Il ne s’agit pas d’une procédure contentieuse, mais de demandes d’informations.

Q - Vous affirmez que la politique de la France sur l’application de la directive de 2004 ne s’applique pas spécifiquement aux Roms. Ce n’est pas l’impression dégagée par la réunion du 28 juillet à l’Elysée sur "les gens du voyage et les Roms".

R - J’étais à cette réunion. Il s’agissait de l’application de la loi à tout le monde, que l’on soit Français ou non. La liberté de circulation ne consiste pas à s’installer dans un autre pays de l’Union européenne pendant des mois ou des années sans avoir ni moyens ni ressources. La France n’a pas vocation à être un guichet social, ni à accueillir deux millions de personnes en grande difficulté venant de l’autre partie de l’Europe.

Q - Deux millions ? Il y aurait en France 15.000 Roms originaires de pays étrangers.

R - On n’en sait rien. Deux millions, c’est le chiffre de la Commission s’agissant des Roms en Roumanie. Nous essayons de travailler à la répression des trafics et notamment les trafics d’enfants, utilisés pour la mendicité ou forcés de voler. Pour lutter contre cela, il suffit de monter une coopération judiciaire et policière. Le volet de l’insertion, c’est plus compliqué. Or il est capital. Qui est responsable, le pays d’origine ou le pays d’accueil ? La Roumanie reçoit 20 milliards d’euros de l’Union européenne (sur la période 2007-2013). Elle n’en dépense que 85 millions pour la communauté rom. Il y a carence, et un problème de volonté politique.

Q - Pourquoi est-il toujours question de la Roumanie et jamais de la Bulgarie, où vivent 750.000 Roms ?

R - Parce que la Bulgarie n’a pas la même attitude de déni par rapport au problème. La Bulgarie reconnaît que nous appliquons le droit et elle souhaite la mise en place de plans d’assistance.

Q - Qu’attendez-vous de votre visite en Roumanie ?

R - La France a été le premier avocat de l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne. Nous demandons que la Roumanie fasse connaître le plus vite possible un plan d’action d’urgence pour l’intégration de la communauté rom, ce qui nous permettrait de déclencher les crédits européens. Le gouvernement roumain évalue la communauté rom à 500.000 personnes et non 2 millions. Il dit que seulement 100.000 d’entre elles ont besoin d’aide. Il dit se heurter à l’attitude de certaines autorités régionales et qu’il n’est donc pas responsable. Nous n’avançons pas ! Si on pense qu’on peut déplacer, à l’intérieur de l’Union européenne, des populations en difficulté et les mettre à la charge d’autres pays, eux-mêmes dans la crise, on risque de mettre en danger l’idée même de l’Europe qu’on essaie de bâtir.

Q- Si la Roumanie ne satisfait pas vos demandes, vous opposerez-vous à son entrée dans l’espace Schengen ?

R - Nous ne serions pas fondés à établir un lien juridique entre ces deux questions. Mais si la Roumanie ne présente pas de plan d’intégration des Roms, chacun en tirera les conséquences./.

Dernière modification : 28/05/2015

Haut de page