Première visite à Berlin de Michèle Alliot-Marie

(Berlin, 25 novembre 2010) - Déplacement en République Fédérale d’Allemagne - Point de presse conjoint du Ministre d’Etat, Ministres des Affaires étrangères et européennes, Michèle Alliot-Marie, et du Vice-Chancelier, Ministre allemand des Affaires Etrangères, Guido Westerwelle - Propos de Michèle Alliot-Marie.

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Michèle Alliot-Marie
et Guido Westerwelle

(…)

Merci Guido, merci d’abord de cet accueil, Mesdames et Messieurs.

C’était une matinée de travail ou un début de matinée de travail, mais c’était aussi un symbole. La première visite bilatérale d’un ministre des Affaires étrangères est toujours un symbole et celui-ci était pour moi l’occasion de souligner l’étroitesse des relations qui existe entre la France et l’Allemagne : entre les pays, entre les populations, entre nos responsables politiques et naturellement entre les ministres des Affaires étrangères.

La France et l’Allemagne ont montré l’étroitesse de leurs relations et, en même temps, la force que représente leur alliance, notamment au cours de la crise financière et économique de ces deux dernières années, et encore plus des crises de confiance qui ont pu affecter certains pays : la Grèce en premier, et plus récemment l’Irlande. Les crises peuvent être effectivement - tu viens de le dire - l’occasion non seulement de réfléchir sur soi-même, mais également de trouver les moyens de faire progresser les relations, de faire progresser le fonctionnement des institutions.

Il y aura bien entendu, en-dehors des crises, d’autres événements importants qui vont nous permettre de continuer à souligner la volonté du travail en commun. Ce sera d’abord le Conseil des ministres franco-allemand qui aura lieu d’ici quelques jours et qui va nous permettre à la fois de mesurer déjà le travail accompli depuis notre réunion commune qui avait permis de déterminer dans 80 domaines des progrès qui peuvent être faits. Ce sera également l’occasion de parler de la Présidence française du G8 et du G20. La conception du président et du gouvernement français, c’est que nous devons travailler très étroitement dans ces domaines qui doivent permettre d’améliorer la gouvernance, qui doivent permettre également de faire progresser la stabilité monétaire, les conditions de développement économique, avec une réflexion sur la stabilisation des coûts des matières premières. Tout cela conditionne les possibilités pour nos entreprises de se développer dans le long terme et donc de préserver nos emplois.

Mais notre réunion de ce matin nous a permis aussi de faire un vaste tour d’horizon, non seulement de nos relations bilatérales, mais également de notre vision sur un certain nombre de problèmes qui dépassent le champ de nos deux pays, que ce soit dans le domaine européen ou que ce soit dans des domaines extra-européens. Je dirai encore une fois que ce que nous avons pu constater, c’est la très grande similitude de nos analyses, l’étroitesse de nos positions sur les solutions à trouver et notre volonté de continuer à progresser en commun pour avoir des réponses concrètes aux problématiques qui sont celles d’un monde en mouvement et qui nous demande en permanence réactivité et imagination.

Merci de cet accueil, Guido, ainsi que de celui de tes collaborateurs.

Q - Une question concernant l’Afghanistan. Y a-t-il entre la France et l’Allemagne une différence ou un décalage concernant un calendrier de retrait puisqu’il semble que, du côté allemand en tout cas, on soit assez désireux d’accélérer le retrait, en tout cas de démarrer ce processus dès l’an prochain, alors que, du côté français, on semble vouloir donner un peu plus de temps à cette transition. S’agit-il de nuances ou de différences ?

R - Sur l’Afghanistan, nous avons certainement une volonté commune qui est de permettre à ce pays de reprendre totalement en main ses affaires, aussi bien sur le plan de la sécurité que sur le plan de la gouvernance, les deux étant d’ailleurs étroitement liés. C’est parce qu’il y aura un Etat afghan qui sera susceptible, sur tout son territoire, de garantir la sécurité de tous ses citoyens, de garantir la présence des institutions étatiques, qu’il s’agisse de la justice ou de l’ensemble des données de la sécurité. C’est parce que ce sera un pays dans lequel une économie non fondée sur la culture du pavot et sur la drogue qui sera en place et qui permettra aux gens de vivre là où ils sont que nous aurons effectivement une garantie, pas simplement pour l’Afghanistan mais une garantie pour nous tous puisque, ne l’oublions pas, l’Afghanistan est l’un des lieux qui sert de base à Al Qaïda.

Notre volonté est donc commune : avoir un Etat afghan solide et d’ailleurs nous faisons tout, et je tiens à saluer tout particulièrement l’engagement depuis des années de l’Allemagne à la fois sur le plan militaire et sur le plan de la reconstruction. J’ai eu, lorsque j’étais ministre de la Défense, l’occasion à de nombreuses reprises de pouvoir saluer cet engagement allemand ; je me souviens en particulier de médecins militaires et également de tout ce qui s’est fait en particulier dans la région de Kunduz et qui permet d’avancer. C’est le premier des points.

Le deuxième point sur lequel nous sommes bien d’accord c’est que nous ne devons pas donner de signes de faiblesse, notamment aux talibans, et c’est la raison pour laquelle effectivement il n’est pas question de dire comme cela : « nous allons quitter ». Nous quitterons l’Afghanistan lorsque les forces armées afghanes que nous formons, lorsque la police afghane que l’Allemagne a contribué à former seront en état d’assurer elle-même la mission. Je pense que sur tous ces sujets-là nous n’avons effectivement aucune difficulté.

Q - Après L’Irlande, le Portugal et l’Espagne apparaissent menacés par la crise financière. Craignez-vous un effet de contagion vers le sud ?

R - Nous sommes aujourd’hui confrontés à une attaque spéculative, je dirais contre l’Europe et contre l’euro d’une façon générale qui, évidemment, s’appuie d’abord sur des pays qui peuvent apparaître fragiles aux yeux de ces spéculateurs. Alors, effectivement, ils ont commencé par celui qui paraissait le plus fragile au regard de l’état de ses comptes, c’est-à-dire la Grèce. Nous avons, grâce notamment à l’excellente entente entre la France et l’Allemagne, pu réagir et pu sauver la Grèce. Ensuite, ils ont cherché les autres pays qui, comme le disait Guido, pour d’autres raisons souvent, peuvent avoir des éléments de faiblesse. Cela a été l’Irlande et il y a des tentatives aujourd’hui sur le Portugal.

Ce qui est très important vis-à-vis de ce type d’attaques, c’est d’abord la réactivité pour ne pas laisser gagner les spéculateurs et ensuite, bien entendu, c’est de fixer un certain nombre de règles qui peuvent permettre une utilisation très rapide et systématique chaque fois qu’une crise se déclenche. Aujourd’hui, nous sommes effectivement dans cette situation où on a pu réagir très rapidement en Irlande et déjà commencer à appliquer des règles sur lesquelles nous avions commencé à nous mettre d’accord. Bien entendu, maintenant, ce que nous voulons faire, c’est renforcer ces règles pour avoir un mécanisme de gestion de crises qui nous permette non seulement d’agir mais également de dissuader ces attaques spéculatives contre tel ou tel membre de l’Union européenne.

Q - Vous avez évoqué, Madame la Ministre, un mécanisme de crise permanent. Angela Merkel a exprimé la volonté d’un mécanisme de crise permanent qui implique aussi les investisseurs privés. Est-ce la position de la France aujourd’hui ?

R - Aujourd’hui, nous sommes effectivement en train de discuter. Le mécanisme n’est pas encore fixé. C’est effectivement un des éléments qui est sur la table et sur lequel nous travaillons. Ce mécanisme, nous le travaillons d’abord prioritairement entre nous. Nous le voyons également avec la Présidence européenne et donc, très rapidement, vous allez avoir un système qui soit un système permettant de répondre globalement et d’une façon pérenne, de manière à assurer la possibilité d’avoir un euro qui soit solide ; car notre volonté commune c’est d’avoir un euro qui soit solide. Nous sommes dans une concurrence internationale qui est extrêmement importante et où la donnée financière est également un élément de cette concurrence internationale. C’est la raison pour laquelle nous avons absolument besoin d’échapper aux mouvements erratiques des monnaies.

C’est d’ailleurs un problème très général et qui sera traité aussi dans le cadre du G20, puisque cela fait partie des sujets que le président de la République souhaite mettre sur la table du G20 ; de ce point de vue, comme je l’ai rappelé à mon homologue, nous souhaitons que l’Allemagne soit très étroitement associée à la préparation de ce G20 comme du G8 également./.

- Un point de presse conjoint s’est tenu à l’issue de cette rencontre (DiploTv).

- Voir sur la DiploTv un entretien avec le ministre

Dernière modification : 28/05/2015

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