Passation de pouvoirs au Ministère des Affaires étrangères et européennes

(Paris, 16 novembre 2010) - Cérémonie de passation de pouvoirs au quai d’Orsay - Allocutions de Bernard Kouchner et de Michèle Alliot-Marie.

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Allocution de M. Bernard Kouchner

Madame le Ministre d’Etat,

Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs,

Pardonnez-nous d’avoir pris un peu de temps pour faire le tour du monde. Les sujets ne manquaient pas et, d’ailleurs, nous n’avons pas terminé complètement. Je dois d’abord vous dire, au nom de Pierre Lellouche et de moi-même, combien nous sommes heureux d’accueillir nos successeurs et combien je suis particulièrement heureux que mon successeur soit Michèle Alliot-Marie. Ce qui ne retire rien à Henri de Raincourt, ni à Laurent Wauquiez, ni à Pierre Lellouche.

Je voudrais vous dire que ce furent trois ans et demi difficiles, passionnants, dont je suis très fier. Sous la direction du président de la République, la politique étrangère de la France s’est trouvée modifiée, je le crois, pour de bons motifs.

D’abord, nous avons tenté d’adresser un message un peu différent à un monde qui était lui-même très différent. Je pourrais vous en parler pendant très longtemps… Le monde a beaucoup changé - c’est un truisme, une banalité - mais nous avons changé nous aussi. Il fallait donc que le message soit différent. Il fallait que ce message soit adressé - et reçu surtout - par un monde constitué de pays émergents, énormes, gigantesques, pleins de promesses pour eux-mêmes et pour leurs voisins. Il s’agit de pays qui connaissent un développement beaucoup plus rapide que celui que nous avons connu, de pays qui ne se développent pas assez mais dont la croissance, en particulier en Afrique, nous fait pâlir d’envie.

Nous avons voulu nous accorder, nous les vieux pays - comme on dit -, plein d’expérience, à ce monde-là, avec des certitudes dont la plus importante est peut-être que le message de la France est attendu partout. Ce n’est pas une banalité, il est attendu avec plus d’affection, plus de souvenirs historiques - même pour ceux qui ne connaissent pas l’Histoire -, que les autres pays. Il faut des sentiments pour faire de la politique extérieure et il y a une affection différente à l’égard de la France. Pierre et moi l’avons éprouvé ; nos amis, Michèle qui connaît bien cela, l’éprouva aussi. Il faut répondre à cette exigence : le message a changé, nous avons changé, essayons d’ajuster.

Et puis, nous avons également tenté de changer le messager. Sous ces ors, il existe des gens très talentueux, qui travaillent beaucoup et qui ne sont pas toujours récompensés, tout au long de leur carrière, comme ils le méritent. Rien n’égale le savoir, les réflexions individuelles et les réflexions collectives des agents du Quai d’Orsay ; ils nous sont enviés dans le reste du monde. Nous devions offrir un messager un peu adapté. Je viens d’en parler avec Michèle Alliot-Marie, nous avons changé les structures en créant, en particulier, la direction générale de la Mondialisation. Nous y avons mis en place des services dont l’importance est évidente, pour ceux qui se soucient des problèmes de ce monde, afin que l’on réfléchisse au contenu religieux ou à l’influence des religions sur les changements, à la démographie, à la santé ou à l’environnement… Tout cela n’était pas suffisamment pris en compte. La direction générale de la Mondialisation répond à cela.

Nous avons également changé le message culturel, qui est tellement important venant de la France. Ce que l’on demande à notre pays s’inscrit toujours dans une dimension culturelle : la culture historique et la culture moderne. Nous avons donc réformé cette offre de culture et nous avons créé les instituts français, associés différemment avec les Alliances françaises, et tout cela a été confié à Xavier Darcos. Nous avons signé une convention qui nous lie à travers le monde : il existera 1 000 points de diffusion de la culture française, élargissant ses domaines à la science, au débat politique, à la confrontation des idées, etc…

Nous sommes le ministère des Affaires étrangères et européennes. Je ne voudrais pas oublier tous ceux qui ont précédé Pierre Lellouche à ce poste : Jean-Pierre Jouyet, Bruno Le Maire et, bien sûr, Pierre Lellouche. On ne vous en rendra pas compte suffisamment aujourd’hui mais l’Europe change dans ses structures, après bien des débats institutionnels. La réalité que connait très bien Michèle Alliot-Marie et que vous connaîtrez à votre tour - MM. Wauquiez et de Raincourt -, est peut-être moins évidente mais nécessairement… Comment dirais-je ? - moins facile qu’avant. C’est le moins que l’on puisse dire, mais c’est tout à fait indispensable. Il y a encore des réformes à mener dans le dispositif européen. Il y a un président, M. Van Rompuy, et une Haute représentante, Mme Catherine Ashton, mais le dispositif n’est pas encore achevé.

Il s’agit d’un bilan qui ne saurait oublier qu’il existe aussi une Francophonie et une Coopération. Je ne peux pas ne pas parler d’Alain Joyandet, qui a travaillé ici avec beaucoup d’efforts et de résultats, que j’aime beaucoup et que je n’oublie pas. Trois ans et demi d’efforts qui compteront, en tous cas pour moi - j’en suis sûr aussi pour Pierre -, et de résultats.

Derrière la politique étrangère de la France, il y a des hommes, des femmes, des responsables, des directeurs, le secrétaire général, qui font un travail admirable dans un contexte économique que je ne peux pas qualifier de facile. Nous avons fait des efforts comme tous les ministères en ont fait. Mais ici, cela affecte particulièrement notre représentation et la sécurité de nos établissements, dans un monde difficile. Cela n’est pas la moindre des raisons pour lesquelles j’ai retenu si longtemps Michèle Alliot-Marie. Le monde est difficile et il est souvent dangereux. Nous avons à affronter tout cela, à le changer, à le construire avec un message différent qui vient d’un pays attendu par tous les autres. Michèle, c’est un honneur pour moi que ce soit à toi de parler./.

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Allocution de Mme Michèle Alliot-Marie

Monsieur le Ministre, Mon Cher Bernard,

Mon Cher Pierre,

Merci d’abord de cet accueil, merci de cette chaleur et merci aussi de tout ce que tu as fait, de tout ce qu’ensemble, vous avez fait pour cette Maison et pour la politique de la France.

Vous avez connu des périodes qui n’étaient pas toujours faciles, vous avez connu un certain nombre de difficultés et je veux te remercier, Mon Cher Bernard, de ton action en ces temps difficiles ; je veux te remercier de cette action, de cette volonté de modernisation de ce ministère qui correspond à la volonté de modernisation du président de la République.

C’est vrai qu’aujourd’hui, avec Henri de Raincourt, avec Laurent Wauquiez, nous sommes heureux de pouvoir nous appuyer sur le travail qui a été fait au cours de ces trois années.

Pour moi, arriver dans ce ministère, c’est d’abord un honneur. L’honneur d’avoir été choisie par le président de la République et le Premier ministre à la tête d’un grand ministère. A la tête du ministère qui est finalement l’image de la France autour de la planète. C’est également, et j’en ai conscience, une responsabilité importante. Et puis, je vais vous le dire très simplement, c’est pour moi aussi, un véritable bonheur qui je pense est partagé par les deux ministres.

Le bonheur de servir la France dans la continuité de ses traditions, de son attachement à des valeurs, de sa vision du monde qui est une vision du monde qu’ont probablement bien peu de pays et de nations. Nous croyons à certains équilibres mondiaux, nous croyons à un monde multipolaire dans lequel il est important que la France, et la France en Europe, puisse faire entendre sa voix.

C’est un honneur et c’est un bonheur aussi de servir la France dans l’ambition de la modernité. Tu l’as rappelé à juste titre Bernard, les choses ont beaucoup changé dans le monde, à la fois du fait des puissances émergentes mais aussi pour nous du fait de l’intervention de l’Europe en tant qu’entité. Ceci nous oblige, bien sûr, à repenser nos propres ambitions pour le monde, notre façon d’agir, notre vision prospective de ce que peut être l’évolution des continents dans tous les domaines, qu’ils soient économiques, politiques ou culturels.

C’est pour nous un honneur, une responsabilité et un bonheur que de servir la France avec les hommes et les femmes du ministère des Affaires étrangères. Et je le dis très sincèrement, il est vrai que c’est par chacune et chacun d’entre vous que notre pays a une image positive dans le monde et, qui que vous soyez, du plus petit échelon de ce ministère au plus élevé, il est important que vous portiez en vous cette certitude que vous êtes la France dans chacune de vos actions. Vous êtes les soldats de cette France généreuse, ambitieuse et qui a vocation à porter des valeurs dans le monde entier.

La France n’est pas un pays comme les autres, je l’ai souvent constaté lorsque j’étais ministre de la Défense, notamment à l’occasion de mes déplacements à l’étranger, je suis sûre que tu l’as également observé Bernard et toi aussi Pierre. Il est vrai que lorsque l’on parle de la France dans le monde, on n’en parle pas de la même façon que l’on parle des autres pays. Alors, cela nous oblige, cela nous oblige à montrer que la France ne saurait en rien être un pays frileux ou replié sur lui-même, ou replié sur des certitudes conservatrices.

Non, la France est dans le mouvement d’un monde où les défis sont à la hauteur de la mondialisation et nous devons être capable de répondre à ces défis. Ce qui implique de la solidarité, ce qui implique de ne pas se replier sur soi, mais d’être capable de travailler avec les autres, avec tous les autres, aussi bien à l’intérieur d’un service que dans les relations avec les autres pays dans les instances internationales.

Notre diplomatie est la garante de cette image et de cette capacité de la France en même temps qu’elle porte notre capacité d’actions. Notre diplomatie ne saurait être un concept abstrait ou figé, elle doit être dynamique, ouverte, imaginative et c’est bien l’action que vous avez voulu lancer et que j’entends poursuivre.

Oui, la France a beaucoup à offrir ou à proposer au monde. C’est à nous de porter cette espérance ; je sais que chacune et chacun d’entre vous a et aura à cœur de porter ces idées, de porter cette ambition, de porter ces valeurs.

Je sais pouvoir compter sur chacune et chacun d’entre vous. Je voudrais que vous sachiez, vous aussi, dans votre action quotidienne, dans les défis à relever, que vous pourrez compter sur chacun d’entre nous. Notre détermination est totale à servir, car servir est certainement le plus beau mot qui puisse exister en politique mais également au sein de l’Administration. C’est un mot qui, dans le monde actuel et dans ce ministère a probablement encore plus de sens que partout. Chacune et chacun d’entre vous est le soldat de la France porteuse de valeurs et de la France ambitieuse pour le monde.

C’est ce travail que, je l’espère, nous ferons ensemble, sans oublier ce que nous sommes, car devant ces défis, nous sommes tous exactement les mêmes. Chacune et chacun a autant d’importance dans la mission à accomplir. Alors, ce que je souhaite vraiment, c’est qu’ensemble, avec vos compétences rappelées il y a un instant, avec votre détermination et avec votre amour du pays, nous porterons les couleurs de la France et les couleurs de sa diplomatie.

Je vous remercie./.

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Laurent Wauquiez, Henri de Raincourt, Michèle Alliot-Marie, Bernard Kouchner et Pierre Lellouche

Dernière modification : 28/05/2015

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