Entretien de Bernard Kouchner avec le quotidien serbe "Vercernje Novosti"

Q - Quel est le but de la prochaine conférence UE - Balkans Occidentaux, à Sarajevo ?

R - La réunion ministérielle organisée par la Présidence espagnole et la Commission, dix ans après le sommet de Zagreb, est la première occasion depuis longtemps où se retrouveront les vingt-sept membres de l’Union européenne et la Haute Représentante, Mme Catherine Ashton, l’ensemble des Etats des Balkans occidentaux, les organisations régionales ainsi que la Turquie, la Russie et les Etats-Unis, ce que le président de la République appelle "la réunification de la famille européenne". Elle va réaffirmer, dans un contexte difficile et incertain, que tous les Etats des Balkans ont vocation à adhérer à l’Union européenne.

Elle va également rappeler aux pays des Balkans les efforts que l’Union européenne attend de leur part. Ces pays doivent poursuivre les réformes car l’élargissement est un processus exigeant. Je sais que la Serbie est fermement engagée dans cette voie et je m’en réjouis. Les Etats de la région doivent aussi tourner la page d’un passé douloureux pour se tourner pleinement vers leur avenir européen. Nous pensons particulièrement à la Serbie et au Kosovo qui ont une même vocation à rejoindre l’Union européenne.

Q - Monsieur le Ministre, la France n’est pas l’organisateur de cette réunion mais vous êtes un bon connaisseur de la situation dans la région. Pouvez-vous nous dévoiler certaines particularités de cette conférence ? Quel sera son principal défit ?

R - Nous souhaitons que cette rencontre exceptionnelle donne lieu à une démonstration d’unité de la communauté internationale mais aussi d’unité de l’ensemble des Balkans. Nous nous félicitons à cet égard de la participation commune de la Serbie et du Kosovo à cette rencontre et formons le vœu que l’association de ces deux pays aux actions ou rencontres de coopération régionale à venir cesse enfin d’être une difficulté.

Q - Quelle conclusion de la conférence serait-elle satisfaisant pour vous ? Que pourrait-il concrètement être différent pour les intégrations européennes de la région après cette réunion ?

R - Cette réunion va démontrer l’engagement des Etats membres de l’Union européenne en faveur de l’élargissement et rappeler à toutes les opinions publiques que les Etats des Balkans ont toute leur place au sein de l’Union européenne et encourager les dirigeants de ces pays à poursuivre les efforts que nous attendons d’eux.

Elle va redonner un nouvel élan à l’élargissement de l’Union européenne aux Balkans occidentaux car ce processus favorise non seulement le développement de la région mais aussi la stabilité. Elle aura des effets perceptibles dans un futur proche. Je souhaite qu’elle rassure les citoyens des Etats des Balkans et mobilise leurs gouvernements.

Q - Actuellement quel est le plus grand défi pour la communauté internationale dans les Balkans Occidentaux : les mésententes sur l’indépendance de Kosovo ou la situation en Bosnie-Herzégovine ?

R - Le plus grand défi est celui du choix des dirigeants de cette région : les citoyens doivent pouvoir désigner des dirigeants politiques responsables, animés par une vision politique pour l’avenir de leur pays. Ils doivent les uns et les autres se montrer à la hauteur de la perspective historique offerte à leur pays Nous sommes à leurs côtés pour permettre à l’Union européenne de les accueillir en son sein.

Q - Comment commentez-vous et est-il vrai que la France prépare une initiative diplomatique pour des nouvelles reconnaissances de Kosovo au futur Sommet France - Afrique à Nice comme on pouvait le lire dans la presse serbe ?

R - La France, comme la majorité des Etats membres de l’Union européenne, a reconnu le Kosovo en tant qu’Etat indépendant. Elle estime que la reconnaissance de la réalité est un élément de stabilisation.

J’ai donc invité le ministre des Affaires étrangères du Kosovo, M. Skender Hyseni, à se rendre à Nice afin de pouvoir rencontrer les ministres africains désireux d’avoir un entretien avec lui. C’est aussi simple que cela et dénué d’arrière-pensées.

Cela ne nous empêche pas d’avoir d’excellentes relations avec nos amis serbes./.

Dernière modification : 03/06/2010

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