Discours d’ouverture du représentant du gouvernement français au Forum mondial de la Démocratie 2014

Discours d’ouverture de Mme Pascale Boistard, Secrétaire d’État chargée des droits des femmes, au Forum mondial de la Démocratie 2014

Mme Pascale Boistard, Secrétaire d'État chargée des droits des femmes, au Forum mondial de la Démocratie 2014 - JPEG

Monsieur le Secrétaire général du Conseil de l’Europe,
Mesdames, Messieurs,
Chers Artisans de la démocratie,

Je vous prie d’excuser M. Harlem Désir, Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes, qui est retenu à Paris pour défendre le budget du Ministère des Affaires Etrangères devant l’Assemblée Nationale.

Le Forum mondial de la Démocratie inaugure aujourd’hui sa troisième édition. Ce projet ambitieux lancé en 2012 s’ancre ainsi, au Conseil de l’Europe et à Strasbourg. C’est un motif intense de satisfaction pour le gouvernement français, que j’ai l’honneur de représenter ce soir, ainsi que pour la Ville de Strasbourg et la région Alsace dont je salue chaleureusement les élus ici présents.

Et ce, pour quatre raisons :

- La Démocratie est notre bien commun le plus précieux ; il faut le régénérer sans cesse pour que son attrait ne perde pas de force ;
- Le Conseil de l’Europe doit rester à l’avant-garde dans ce domaine. C’est indispensable pour le devenir du continent européen mais aussi pour soutenir les aspirations démocratiques, partout où elles s’expriment dans le monde ;
- Le Forum rappelle chaque année les liens qui, de manière indissociable, unissent, depuis longtemps, Strasbourg, les droits de l’Homme, la démocratie et l’innovation.
- Vous êtes plus d’un millier, venus de plus de 100 pays, pour débattre, échanger expériences et bonnes pratiques, apporter votre engagement citoyen, votre créativité et votre dynamisme au renouvellement des pratiques démocratiques. Votre présence témoigne de l’ardente nécessité d’un tel Forum et constitue un gage de son succès.

En tant que secrétaire d’Etat chargée des Droits des Femmes, une de mes missions principales est de faire en sorte précisément que la participation démocratique ne soit pas un vain mot, mais s’incarne de façon égale pour les femmes et pour les hommes. Que dans la sphère politique, la sphère professionnelle, pour toutes les formes de la participation à la vie publique, les femmes aient des chances égales à celles des hommes.

Pour cela la scène politique européenne, celle de l’Union européenne, a marqué rappelons-le une étape importante. Après la loi de 2000 sur la parité pour les élections nationales, la France a appliqué la parité pour les scrutins européens depuis 2003. A ceux qui trouvent que les obligations de parité sont un artifice, rappelons que le combat des femmes pour l’égalité dans l’exercice démocratique revient de loin… Ainsi, l’année prochaine en France, nous fêterons les 70 ans du premier vote des femmes.

La vie démocratique implique de donner les droits mais aussi les moyens à chaque citoyen d’y participer. C’est pourquoi je me félicite que cette édition du Forum mondial pour la démocratie soit consacré aux jeunes, dans ce moment de crise où les difficultés d’accès à l’emploi qui les touchent peuvent aussi freiner leur implication dans la vie et les responsabilités publiques.

(La raison d’être du Forum mondial)

La raison d’être du Forum est de faire se rencontrer citoyens, élus et décideurs pour qu’ils cultivent ensemble la Démocratie et réfléchissent conjointement aux moyens de la revitaliser alors qu’elle doit s’adapter aux mutations profondes que connaissent le monde et nos sociétés et qu’elle est fragilisée voire déstabilisée par une crise aux dimensions multiples, économique, sociale et morale.

La quête de la démocratie, au coeur de l’histoire de l’Europe, est difficile, souvent douloureuse, toujours longue, jamais achevée, tant il est vrai que rien n’est jamais acquis dans ce domaine. La crise que nous traversons ces dernières années fait peser de graves menaces sur la démocratie. La montée de la précarité, du chômage et des inégalités, la perception d’une forme d’impuissance des politiques publiques favorisent le repli sur soi. Comme l’a montré le taux décevant de participation aux dernières élections européennes, les citoyens doutent des institutions politiques traditionnelles. Plus grave encore : la crise provoque dans nos pays une forme de remise en question de nos principes fondamentaux, avec notamment la résurgence du racisme et du discours de haine.

Dans ce contexte d’inégalités croissantes, il faut que la puissance publique joue un rôle actif pour que la société, l’inertie des mentalités, ne laissent pas prospérer des inégalités qui naissent de la négligence et des préjugés, les inégalités qui naissent des discriminations. Sortir de la crise, cela voudra dire trouver les ressources intellectuelles et politiques pour changer les vieilles habitudes sociétales, les vieilles hiérarchies, organiser autrement l’équilibre entre la vie privée et la vie publique c’est à dire entre le travail et la consommation, la consommation et les loisirs. Les droits des femmes ont toute leur place dans cette réorganisation, ils peuvent en être même un principe structurant.

Je voudrais dire un mot au nom des femmes, qui sont les grandes laissées pour compte de toutes les crises économiques. Qu’elles aient fait tourner l’économie pendant les deux guerres mondiales ou qu’elles aient élevé les enfants du boom économique des années 1960, tandis que les hommes profitaient d’une ère de plein emploi : ces efforts là, ce déséquilibre de droit facteur d’équilibre économique, il faut le reconnaître, il faut en parler. Il faut profiter de ce moment où l’on repense l’économie pour y mettre fin. Profiter de ce lieu symbolique, le Conseil de l’Europe, né pour tourner la page de la violence meurtrière de la 2nde guerre mondiale et pour porter les Droits de l’Homme.

L’égalité dans la vie publique ne sera pas acquise tant que les femmes feront l’objet de traitements dégradants et de violences spécifiques, et c’est au Conseil de l’Europe qu’on doit en 2011 la Convention Internationale contre les violences faites aux femmes, dite convention d’Istanbul, signée déjà dans 36 Etats membres et ratifiée par 15 d’entre eux dont la France en juillet dernier. Je souhaite que ce processus de ratification se poursuive, en particulier au sein des Etats de l’Union européenne comme je l’ai rappelé à Rome le 23 novembre dernier lors d’une conférence internationale sur l’égalité organisée par la présidence italienne de l’Union européenne.

(Le Forum mondial et le CdE)

Porteur d’une haute ambition, le Forum s’inscrit parfaitement dans le cadre des valeurs de paix, de démocratie et de respect des droits de l’Homme qui fondent le Conseil de l’Europe et sont portés haut par son action.

Le Conseil de l’Europe oeuvre à protéger les citoyens, à développer une démocratie en profondeur basée sur une participation active de la société civile, à favoriser l’épanouissement de la diversité et lutter contre les menaces à l’État de droit. Le Forum est un prolongement naturel de cette action sous une forme innovante.

Après une édition 2013 couronnée de succès, consacrée à l’apport d’Internet à la démocratie, la thématique retenue en 2014 est celle de la Jeunesse.

La politique de jeunesse occupe une place centrale dans les activités du Conseil de l’Europe. La cogestion par les Jeunes eux-mêmes de la politique de Jeunesse de l’organisation et la formation, à travers les centres européens de la jeunesse de Strasbourg et de Budapest, en constituent la clé de voûte. Dans le cadre de la Charte européenne sur l’éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits de l’Homme, le Conseil de l’Europe travaille également avec des partenaires pour que les enfants et les jeunes acquièrent des compétences et connaissances utiles à leur participation à la vie démocratique. La campagne du Conseil de l’Europe, le Mouvement Contre la Haine, est menée par et avec les jeunes pour enrayer les discours de haine sur les médias sociaux et promouvoir les droits de l’Homme sur la Toile.

En s’appuyant sur une expérience des questions relatives à la Jeunesse, forte de 40 années, le Forum 2014 doit être l’occasion de réactualiser la politique de l’Organisation. L’enjeu de la problématique proposée cette année est double : comment mieux intégrer la Jeunesse à la vie politique et comment, en tirant partie de l’énergie et de la créativité de la Jeunesse, donner un nouveau souffle à la démocratie.

Dans ce contexte, le Forum identifiera les obstacles qui entravent la participation des jeunes et analysera les conséquences néfastes qui résultent de cette situation pour nos sociétés. Il mettra aussi en lumière des expériences réussies, où des jeunes font entendre leur voix, que ce soit dans des partis politiques, en entreprises, dans les écoles, les associations ou les médias.

Les conclusions du Forum nourriront la réflexion des différents organes du Conseil de l’Europe et conduiront à des propositions pour renforcer l’impact des jeunes dans la prise de décision politique.

Le Forum est donc un outil précieux, un outil précieux pour le Conseil de l’Europe et, au-delà, un outil précieux pour la Démocratie.

(Strasbourg, capitale européenne de la Démocratie)

Il n’y a pas à mon sens de meilleur lieu pour le Forum mondial de la Démocratie que Strasbourg.

Strasbourg, capitale européenne symbole de la réconciliation entre les peuples du continent, mais aussi ville jeune, ville entreprenante, ville tournée vers l’avenir !

Strasbourg nous rappelle le long chemin parcouru par l’Europe vers la démocratie et la paix depuis 1945.

Strasbourg illustre les valeurs universelles au coeur de l’action du Conseil de l’Europe. La Démocratie, les droits de l’Homme et l’innovation font partie de l’ADN de la ville.

Dans cet esprit, je tiens à remercier ici très chaleureusement tous les partenaires pour leur engagement, en soulignant tout particulièrement la richesse et la qualité du programme culturel et social que la Ville de Strasbourg propose aux participants et à ses citoyens qui, j’en suis convaincu, fera encore mieux apprécier cet évènement exceptionnel dans un lieu exceptionnel.

Je vous souhaite un excellent et fructueux Forum.

Mme Pascale Boistard, Secrétaire d'État chargée des droits des femmes, au Forum mondial de la Démocratie 2014 - JPEG

Source : Site internet Vie Publique
Crédits Photos : Candice Imbert/Conseil de l’Europe. © Conseil de l’Europe

Dernière modification : 28/08/2015

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